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DJAMILA BOUHIRED/HASSIBA BEN BOUALI... (à lire)

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DJAMILA BOUHIRED/HASSIBA BEN BOUALI... (à lire)

Message par GFZN Mme Médjani le Lun 27 Mai - 21:04

Je vous invite à lire sur ces femmes qui ont tant fait pour que l'Algérie devienne libre et indépendante ...

DJAMILA BOUHIRED

FEMMES DANS LA GUERRE D’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE

ZOHRA DRIF qualifie de révisionnisme historique les attaques d’un article paru dans un hebdomadaire algérien contre DJAMILA BOUHIRED, Moudjahida.

Lire aussi à ce propos dans la rubrique "DOCUMENTS" un autre témoignage "SERKADJI, quartier des femmes", publié pendant la guerre de libération (1961) par AL HOURYYA (LIBERTÉ), organe clandestin du PCA.

Nous sommes à la veille du 5 Juillet, la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse. Pourtant, j’ai un goût amer qui n’arrive pas à disparaître. Cauchemar. C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit en ouvrant un hebdomadaire algérien. J’ai mis du temps à réaliser que je ne rêvais pas.

En 2009, dans la presse de mon pays, des journalistes ont présenté un article avec un grand titre infamant barrant toute la page : “Djamila Bouhired n’a jamais été torturée”.

Peut-on se taire devant un tel sacrilège ? Si je me tais, si nous nous taisons, bientôt on écrira en Algérie, comme Massu, que Larbi Ben M’hidi s’est suicidé dans sa cellule, qu’il y a eu très peu de victimes le 8 Mai 1945 ou encore, pourquoi pas, que de 1830 au 5 juillet 1962, la France coloniale n’a fait qu’essayer de pacifier et civiliser notre peuple barbare.

Ailleurs, on appelle cela du révisionnisme.

Je ne prends pas la parole pour défendre l’honneur de Djamila, elle est vivante et n’a pas besoin de moi pour décider ou non de répondre à de telles insanités.

Je prends la parole pour témoigner de ce que j’ai vu, de ce que j’ai vécu et de ce que je sais.

Ni le journaliste qui a commis l’article ni la personne qu’il a rencontrée pour justifier ses mensonges n’étaient à ce moment-là présent.

J’étais présente au moment de l’accrochage.

Djamila a été blessée par balle et elle a été arrêtée, seule.

À partir de ce moment, plus aucun combattant n’a eu accès à elle jusqu’à son incarcération.

Elle était seule, entre les mains des tortionnaires de la 10e Division parachutiste du général Massu dont tous les Algérois connaissaient les méthodes d’interrogatoire.

Nos ennemis savaient à l’époque qui était Djamila Bouhired, à quel niveau de l’organisation elle se trouvait, ce qu’elle faisait et avec quelles personnes elle était en relation permanente, c’est-à-dire Larbi Ben M’hidi, Yacef Saâdi et Ali La Pointe, qui étaient encore en vie et en activité à l’époque.

Les parachutistes savaient qu’ils venaient de faire “une prise” de première importance. Dès son arrestation, le travail “psychologique” de l’armée en direction du peuple algérien a commencé. Tout de suite, Djamila, comme tous les militants arrêtés, a été salie et dénigrée pour démoraliser la population et la couper des militants. C’est avec tristesse que je constate que ce travail continue.

C’est lors du procès de Djamila Bouhired que les informations ont commencé à sortir. Les débats sur la torture ont alors pris une dimension internationale parce que Djamila a décidé de faire de son procès celui de la France coloniale et de ses méthodes.

Rarement dans l’histoire de notre nation, une personne a si haut porté la voix des souffrances et du combat du peuple algérien. Elle l’a fait devant le Tribunal permanent des forces armées. Elle l’a fait devant une foule de pieds-noirs haineuse qui éructait et hurlait : “à mort, à mort la fellaga !”

Si Djamila Bouhired est devenue le symbole qu’elle est, c’est parce que toute la presse internationale a relayé le courage et la dignité d’une femme seule devant ses bourreaux, d’une femme qui a choisi de s’habiller ostensiblement dans les trois couleurs de notre emblème pour dire sereinement à ses ennemis : “Parce que je suis algérienne, vous n’avez pas la compétence pour me juger. Oui, j’assume tout ce que j’ai fait ; oui, je suis prête à mourir ; oui, je reprendrai les armes pour refaire ce que j’ai fait dès que je serai libre.”

Et c’est la tête haute, en chantant Min Djibalina avec Abdelghani Marsali et Abderahmane Taleb, qu’elle a reçu le verdict du tribunal la condamnant à mort sous les hourras de la foule des pieds-noirs.

En ce mois de juillet 1957, les exécutions capitales allaient bon train dans les prisons d’Alger, d’Oran et de Constantine. Comme son peuple, c’est droite, debout, qu’elle a accepté la mort pour libérer son pays.

Ce procès suivi dans La Casbah et dans tout le pays a fait date, c’est comme cela qu’elle est devenue un symbole. Symbole du chemin à suivre pour les Algériens, symbole de l’ennemi à abattre pour la France coloniale et symbole du combat à soutenir pour le reste du monde.

Rappelez-vous qu’à l’époque, dans le Maghreb, dans le monde arabe, dans le monde musulman, en Occident et dans le tiers monde, de nouvelles-nées ont été prénommées Djamila en hommage à la lutte du peuple algérien pour sa dignité. En Égypte, Youcef Chahine, alors jeune réalisateur, a décidé de faire un film, Djamila l’Algérienne, pour marquer, face à l’Occident, l’honneur retrouvé que les Arabes pensaient avoir définitivement perdu depuis Salaheddine el Ayoubi.

C’est cela qu’en 2009, avec légèreté et désinvolture, un journaliste algérien reproche à Djamila Bouhired et à Youcef Chahine. Le mensonge et l’insulte ont commencé dans la presse coloniale. Je suis atterrée de lire aujourd’hui dans mon pays, sous la plume d’un compatriote, ce que nous n’avons eu cesse de combattre.

Certains compagnons sont morts, ils ne peuvent plus se défendre. Nous sommes encore en vie alors que le travail de révisionnisme a déjà commencé. Nous allons nous aussi disparaître.

Que lira-t-on dans cinquante ans dans la presse algérienne ? Cette question, au-delà des mensonges sur Djamila Bouhired, nous interpelle tous. Il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme : notre société est gangrenée.

Comme peuple, comme nation, comme État, l’avenir de l’Algérie est gravement compromis si on ne revient pas à la vérité historique pour mettre un terme à cette infâme entreprise de dénigrement et de destruction de nos symboles.

J’ai foi en la nouvelle génération. Elle est plus instruite. J’ai foi aussi parce que depuis des années, j’ai pu mesurer sa curiosité et sa volonté de mieux connaître l’histoire de son pays.

Elle est fière d’appartenir à ce peuple, elle doit rester vigilante.

Z. D.

HASSIBA BEN BOUALI

Née le 18 janvier 1938 à El-Asnam (aujourd'hui Chlef), Hassiba Ben Bouali y entama ses études primaires, qu'elle poursuivit à l'école Aïn Zerga, à Alger, où ses parents s'étaient installés en 1947. Elle obtient le certificat d'études primaires en 1950 et entre au lycée Pasteur (aujourd'hui annexe de la Faculté Centrale), où elle y étudia jusqu’en deuxième année.

De nombreux témoignages la présentent comme une adolescente particulièrement éveillée, curieuse et sensible.

C'est ainsi que, par le biais du scoutisme, elle effectue de grandes randonnées à travers le pays et découvre les conditions déplorables de vie de la paysannerie algérienne. L'étalage de l'injustice la révolte profondément.

Hassiba Ben Bouali rêvait de devenir infirmière mais elle ne put que s'employer dans un bureau social, où elle complétera sa vision de la situation des Algériens. Sa prise de conscience l'amène à militer dès l’âge de seize ans an sein de l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens.

Dès lors, elle s'impliquera de plus en plus dans le combat nationaliste, et, vers la fin de l'année 1956, elle intégra avec d'autres jeunes filles un des réseaux des fedayins qui se distinguèrent durant la bataille d'Alger. Elle fit ainsi parties d'un groupe chargé de fabriquer des bombes et de les déposer sur les lieux d'opération.

Mais les services de renseignement français finirent par recueillir des informations sur ce groupe. L'atelier clandestin de fabrication des bombes est aussitôt investi tandis que de nombreuses arrestations ont lieu. Hassiba Ben Bouali est alors obligée de quitter son domicile et de rejoindre la Casbah, citadelle de la révolution quadrillée par la soldatesque coloniale.

C'est à ce moment que la répression à Alger s'accentua. Les autorités françaises voulaient en finir avec les réseaux urbains du FLN, qui semaient la panique dans les milieux des colons et dont les actions spectaculaires jouissaient d'une grande audience internationale.

En février 1957, Larbi Ben M'hidi, chef de la zone autonome d'Alger, avait été arrêté et assassiné. D'autres arrestations eurent lieu les mois suivants.

Le 8 octobre 1957, Hassiba Ben Bouali se trouvait dans une cache au numéro cinq des la rue des Abderames, en plein coeur de la Casbah, en compagnie d'Ali la Pointe et du petit Omar, âgé de douze ans. A la tombée de la nuit, la maison fut encerclée par les parachutistes français.

On somma les trois fedayins de se rendre. Devant leur refus, les soldats français firent sauter la maison. Hassiba Ben Bouali et ses compagnons périrent sons les décombres ainsi que 17 Algériens dont les maisons furent soufflées par l'explosion.

Le martyre de Hassiba Ben Bouali devint un motif supplémentaire de la détermination du peuple algérien ainsi qu'une illustration éclatante de la participation de la femme algérienne au combat libérateur.

Kahena Reine des Berbères

Cette reine berbère zénète des Aures fut la mère de toutes les combattantes du pays, ainsi faisant face aux Omeyades lors de l'expansion islamique en Afrique du nord au 7ème siècle,
c'est une des premières féministes bien avant le Moyen Âge et une des premières reines guerrières de l'histoire, à qui Ibn Khaldoun attribue des pouvoirs surnaturels,
La Kahina,s'appelait Dyhia Tadmut qui veut dire la belle gazelle en berbère,
Ce surnom Kahina a plusieurs significations, notamment en arabe, la sorcière, en grec, Kahina est tiré de Karina qui signifie être pur, En hébreux le mot est proche de Cohen qui a un sens de prêtre.

Plusieurs femmes ont évoqué la Kahina, comme Gisèle Halimi dans son livre La Kahina ou Baya Jurquet-Bouhoune dans son livre Femmes algériennes de la Kahina au Code de la Famille, où elle dénonce le code de la famille adopté le 9 juin 1984 en Algérie.
Gisèle Halimi a déclaré pour sa part:
«J’ai voulu clore ce cycle par la Kahina. Dans son contexte historique, je l’ai fait vivre, aimer, guerroyer, mourir. Comme mon père, Édouard le Magnifique, l’aurait peut-être imaginée. La Kahina était-elle son ancêtre? Peut-être. L’ai-je aimée en la faisant revivre. Oui. Passionnément.»
Dans la littérature algérienne contemporaine, Kahena est évoquée dans les œuvres de Kateb Yacine ainsi que beaucoup d'autres écrivains.
«L’originalité de Kateb, suivant l’essayiste, est d’avoir fait de Kahina une païenne au sens non idolâtre ou polythéiste, mais dont le paganisme s’apparente à un matérialisme moderne. Dans la «femme sauvage» Kateb présente la Kahina comme une adoratrice de la terre, seule divinité qu’elle reconnaisse. Cette passion pour la terre est synonyme de patriotisme. Kahina prend alors l’image de “la vierge aux abois” nommée la “Numidie”, abandonnée mourante par “Jugurtha”, comme l’évoque Rachid dans son roman Nedjma en se disant: «Et c’est moi, Rachid, nomade en résidence forcée, d’entrevoir l’irrésistible forme de la vierge aux abois (Kahina), mon sang et mon pays; à moi de voir grandir sous son premier nom arabe la Numidie que Jugurtha laissa pour morte.»
Mohammed Khaïr-Eddine: «Khaïr-Eddine, selon Zemmouri, évoque Kahina dans ses textes comme une ancêtre emblématique . Dans Agadir le héros reconnaît comme divinité la «Déesse Sudique Rutilante» qui semble désigner à la fois Kahina et la terre du sud . L’histoire devient alors mythe. Mais alors que Farès et Kateb exaltent et célèbrent en elle la femme qui symbolise la résistance aux envahisseurs arabo-musulmans, Khaïr-Eddine, lui, préfère voir en elle le symbole de la révolte (contre l’ordre établi).» . Dans ce même roman Kahina proclame: “ Je suis Kahina La Berbère. Les roumis m’appellent la Reine Serpent de Barbarie. Mais je suis communiste …

Louisette Ighilahriz

Louisette Ighilahriz est née le 22 août 1936 au Maroc. Engagée à 21 ans auprès des indépendantistes algériens alors que la « bataille d’Alger » bat son plein, elle fuit au maquis, car elle est recherchée en ville. Le 28 septembre 1957, la jeune femme est grièvement blessée dans une embuscade tendue par l’armée française. Rapatriée d’urgence dans un hôpital, elle passera plus de trois mois dans les locaux de la 10ème D.P. à Alger, torturée par un colonel. Un médecin de l’armée française la fait finalement transférer en prison alors que ses forces commencent à l’abandonner. Mais Louisette n’a pas parlé.

Liberté 16 juillet 2001
Entretien avec Louisette Ighilahriz
"Certains ont falsifié l’Histoire"

La femme n’est plus à présenter. C’est par elle que la torture pratiquée, il y a 40 ans par les paras de Massu et autres, est revenue aujourd’hui dans l’actualité, notamment en France. Arrêtée à Chebli suite à un accrochage qui lui vaudra cinq balles dans le corps, elle sera torturée, après avoir été soignée par le capitaine Graziani. Aujourd’hui qu’elle va sur ses soixante-cinq ans, elle consacre toute son énergie à dénoncer la pratique de la torture par l’armée française.

-Liberté : Que ressentez-vous après la publication du livre de vos souffrances subies pendant la guerre de Libération ?

Louisette Ighilahriz : Je n’ai pas cessé de dévoiler les abjects et ignobles actes de torture qu’on m’a fait subir. Cependant, nous vivions dans une société traditionnelle dans laquelle il m’était très difficile de révéler et d’écrire tout ce que j’avais subi pendant les séances de torture de 1957.

En outre, pendant toutes ces années, j’étais à la recherche du commandant Richard qui m’avait arrachée aux tortionnaires de Massu. Je n’ai même pas eu l’occasion de lui exprimer ma gratitude, chose qui me tourmentait depuis 1962. À travers ce livre, je veux absolument mettre en exergue ce qu’est le colonialisme français et surtout dire à la jeunesse que l’Indépendance algérienne ne nous a pas été offerte par la France.

-Ne pensez-vous pas que les autorités judiciaires françaises soient partiales et sélectives, en pensant notamment au procès de Maurice Papon, condamné pour collaboration avec les nazis, mais n’ont soufflé mot sur l’organisation de la répression de la marche du 17 octobre 1961 ?

La manifestation d’octobre 1961 a été des plus pacifiques.

Elle a été organisée pour dire halte à la répression en Algérie. Hélas, le résultat on le connaît : ce furent des centaines de morts jetés pour la plupart dans la Seine.

Ce fut un véritable "Ouradour-Sur-Seine". La France reconnaît les autres massacres mais jamais les siens. Elle ne veut pas reconnaître le massacre du 17 octobre 1961, car c’est un véritable crime contre l’humanité. Comme d’ailleurs le massacre du mois de mai 1945.

C’est bien beau de reconnaître le génocide arménien, car elle n’y a pas pris part. Pourquoi les autorités françaises se refusent de reconnaître les enfumades, les différentes exterminations de villages algériens depuis 1830 ? Ces faits sont connus. Actuellement, on s’acharne à confiner la pratique de la torture pendant la Révolution à Alger alors que c’est faux.

-Certains anciens officiers français vous accusent de terrorisme pendant la guerre ?

Dernièrement, j’étais en duplex sur une chaîne de télé avec Schmitt. Il nous traitait d’assassins, de poseurs de bombes. Je lui ai dit : "Mais qui a le premier déposé une bombe de 17 kg à minuit à la rue de Thèbes dans la Casbah ?" Ce sont eux. On avait combattu avec nos moyens et notre cause était juste et valait tous les sacrifices. Et puis Schmitt est connu pour être le tortionnaire en chef à l’école Saroui. C’est là-bas que Ourida Meddad a été défenestrée.

-Qu’attendez-vous après avoir déposé une plainte contre X ?

Je demande une réparation morale, que les autorités françaises reconnaissent la pratique abjecte de la torture pendant la guerre d’Algérie. Cela dit, si elles décident de dédommager, chose par ailleurs inestimable, pour ma part, leur argent ira directement vers une association caritative.

-Le sujet de la pratique de la torture pendant la guerre est-il aussi franco-français pour que les autorités algériennes ne disent rien ?

Depuis quelques jours, tout le monde se réveille, le Premier ministre a enfin demandé de témoigner. Pour ma part, cela fait un an que je mène ce combat, seule et sur tous les plans.

-On croit savoir que vous subissez des pressions occultes. Qui en est derrière et pourquoi selon vous ?

C’est au téléphone comme des lâches qu’ils me disent : "Arrêtez votre campagne. Cessez de parler de torture". Ça a commencé trois mois après les révélations du journal le Monde. Ils ne cessent de me harceler au téléphone. Mais pourquoi ceux-là ne veulent-ils pas que je parle ?

De quoi ont-ils peur ? ... Il me semble que des intérêts seraient en jeu ou alors ce sont certains qui se sont faits passer pour des héros mais qui, finalement, avec le temps, se sont avérés des moins que rien. Certains ont falsifié l’histoire. Je suis contre ces gens qui ne cessent de mentir à notre jeunesse.

-Comment avez-vous choisi de titrer votre livre Algérienne ?

Après plusieurs titres proposés, mon éditeur m’a proposé Algérienne, sachant que ce livre est destiné au lectorat français, et comme je le sentais profondément, j’ai accepté de le retenir. Et puis, j’ai combattu pour une Algérie unie sans partage. Je voulais appartenir à l’Algérie. Mes ancêtres ne sont ni Gaulois ni Arabes, ils sont Amazighs. Cessons de tout travestir.

-Juste après vos révélations, l’été passé, dans le quotidien français le Monde, les langues se sont comme subitement déliées. Pourquoi selon vous ? En seriez-vous le déclic ?

C’est clair et net, oui. Le capitaine Graziani était l’adjoint d’Aussaresses et ce dernier était sous les ordres de Massu. Il se trouve qu’on m’a mise dans les locaux de la 10e division parachutiste à laquelle ils appartiennent tous.

Le fait que j’ai dénoncé tout ce monde, preuve à l’appui, et remercié le commandant Richard, mon sauveur, a bouleversé beaucoup de monde. L’interview fut une opportunité pour dénoncer là-bas ce que j’ai subi ici.

Propos recueillis par : Hamid Arab


Hafsa Bisker : Moudjahida, pharmacienne, militante des droits des femmes

Hafsa la pharmacienne, Hafsa l’antihéroïne

« Les dirigeants ont promis qu’ils tiendraient leurs promesses. Entendez par là qu’ils ne sont pas près de les lâcher. » Coluche

D’emblée, on apprécie la sobriété et le charme du trait, le visage avenant de Hafsa avec cette propension à citer, non sans une charge émotionnelle et affective, son papa, comme elle se plaît à le désigner au détour d’une phrase ou d’un fait vécu. Son père lui a inculqué les vertus du savoir et lui a transmis son éducation. Et en guise de reconnaissance, Hafsa le cite chaque fois avec beaucoup de tendresse et de respect.

Du reste, l’empreinte de Hadj Aïssa, si elle est évidente sur la famille, aura aussi marqué toute une génération à Bou Saâda et ailleurs par sa culture, sa générosité et son sens du devoir. Les Bisker ont une longue histoire qui a croisé celle de l’Emir Abdelkader. Lors de l’installation de l’Emir en Syrie, défense lui fut faite par la France, ainsi qu’à ses enfants, de remettre les pieds sur le sol algérien. Mais la France, ayant apprécié le rôle hautement humanitaire joué par l’Emir qui a sauvé les chrétiens du massacre en Syrie, autorisa ses enfants à retourner en Algérie.

C’est ainsi que l’Emir El Hachemi, fils de l’Emir, regagnait l’Algérie en 1894 après la mort de son glorieux père. Celui-ci, sentant ce désir dans le cœur de son fils, lui dit un jour : « Si tu dois retourner au cher pays natal, je te conseille de te diriger vers Bou Saâda où je conserve encore de fidèles amis parmi les Cherif et les Bisker. » En effet, deux frères, Hadj Mohamed et M’hamed, fils de Kouider Ben Bisker, se rendirent à Damas pour passer plus d’un mois auprès de l’Emir Abdelkader lors de leur pèlerinage à La Mecque et à El Qods. Celui-ci les traita en hôtes de marque, en raison de l’aide que leur avait fournie leur père Kouider dans le saint combat mené contre l’envahisseur.

Derrière son regard déterminé d’une intellectuelle engagée, Hafsa nous retrace les étapes de sa vie où, à 20 ans, la tête pleine de projets, elle n’a pas hésité pourtant à rejoindre le maquis. Dans le contexte qui était le nôtre, ce n’était pas évident. Hafsa Bisker est née le 7 mai 1933 à Bou Saâda, issue d’une famille de lettrés, dont le grand-père, Mohamed, poète, journaliste, disciple de Ben Badis, Mohamed Abdou, Djamel El Afghani, a contribué, à sa manière, à insuffler une nouvelle dynamique à la Nahda pour tenter de sortir le monde arabe de sa léthargie. Il écrivait dans El Bassaïr et sa signature était un couteau boussaâdi.

Aïssa, son père, était un personnage à Bou Saâda. Doté d’une large culture, il incarnait bien la trajectoire incomparable des Bisker. « Il enseignait les maths et les sciences au cours complémentaire. Mohamed Boudiaf a été l’un de ses élèves. Moi, j’ai fait l’école primaire des Plateaux à Bou Saâda, avant de joindre Alger où mon père avait été nommé inspecteur par les oulémas. ll dispensait ses cours à l’école Sarrouy et a eu comme élèves Bentoumi Amar, Oucharef, Kaddache, Gadiri, Derouiche et bien d’autres, devenus par la suite des hommes illustres. J’ai étudié à l’école Chabiba, à la rampe Valée, sous la direction de Cheikh Athmane. L’une de mes camarades, qui est restée une grande amie, est Mme Abane Izza Bouzekri. »

Hafsa rejoint l’école de Fontaine fraîche dès le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Le climat tendu dans la capitale inquiète et dissuade sa famille qui part à Aïn Lahdjel, « où les aléas de la guerre sont plus supportables ». Dans cette ville, située entre Sidi Aïssa et Bou Saâda, Hafsa effectue son cursus scolaire classique dans une école rurale. « Les journées étaient éprouvantes, avec un régime draconien à la stalinienne. On se levait à 5h du matin pour aller réciter le Coran et accomplir la prière du fadjr. On revenait à l’école où les cours étaient dispensés de 7h30 à 12h. On y retournait après la prière du dhor, jusqu’au crépuscule. On était lessivées, complètement épuisées. »

A la fin de la guerre, la famille retourne à Alger, où son père officiait à l’Ecole de l’Allée des Mûriers, à Belcourt. Mais, deux ans plus tard, il est muté à Bou Saâda où Aïssa est promu directeur en remplacement de Grimal. « C’était un tournant pour l’enseignement dans cette ville où les indigènes, réduits à des citoyens de seconde zone, seront réhabilités et verront s’offrir à eux davantage de chances de réussite », nous dit Djamel, frère cadet de Hafsa. A Alger, Hafsa passe avec succès son brevet au lycée de Maison carrée, devenu lycée Ourida Meddad, « l’une des premières filles que j’ai recrutées au sein de l’Organisation ».

Une brillante élève

« Au lycée, les disparités étaient flagrantes et les colons concevaient mal la présence d’une Arabe, à tel point qu’ils exploitaient le moindre prétexte pour me décourager. Par exemple, la directrice m’avait imposé l’arabe dialectal à l’examen, alors que j’avais opté pour l’anglais. » En 1951, Hafsa passa avec brio le probatoire du bac en sciences élémentaires, ce qui lui ouvre les portes du lycée Fromentin (Descartes), où elle décroche la deuxième partie du baccalauréat. « Je voulais faire médecine, mais mon père ne voulait rien entendre. Jugeant cette spécialité à risques pour une femme obligée d’être sur ses gardes même la nuit pour les cas urgents.
Compte tenu des considérations de l’époque, et surtout du statut insignifiant de la femme, cette projection était une vue de l’esprit considérée par les mâles comme une atteinte aux valeurs ancestrales. Mon père me suggéra de faire de l’enseignement. Mais ce n’était pas ma vocation. Je voulais à tout prix être au service de ces femmes malheureuses, délaissées, au bord du désespoir. Finalement, j’ai dû accepter la proposition de mon père. J’ai enseigné une année à l’école de filles de Bou Saâda. A l’époque, une femme ne sortait pas sans voile. Imaginez ma position. Cela a été une révolution, mais c’était pénible. Mon père s’en est rendu compte. Il a vu que je m’ennuyais, alors il m’a débrouillé un stage en pharmacie que j’effectuais en parallèle à l’enseignement. En 1953, je remonte sur Alger pour passer l’examen de pharmacie, en priant Dieu de me compter parmi les ‘‘recalé(e)s’’, tant je tenais à la médecine. Finalement, j’ai réussi et j’ai dû me résoudre à mon sort. C’était mon destin ! »

Les conseils de Abane

« On habitait à Notre-Dame d’Afrique, et comme j’étais une lectrice acharnée, j’ai lu sur le journal, au printemps 1954, la déconfiture de Dien Bien Phu et la débandade française. Je me suis dit : ‘‘qu’est-ce qu’on attend pour leur donner le coup de grâce ?’’ J’étais déjà psychologiquement préparée et lorsque la déflagration du 1er Novembre se produisit, j’étais folle de joie en compagnie de mon amie Izza Bouzekri, avec laquelle on s’était échinées à trouver une alternative pour entrer dans l’organisation. Izza, devenue Mme Abane, trouve un contact, et, dès juillet 1955, on était dans la Révolution. On a activé avec Amara Rachid, Lounis, Sabor, Taouti, etc. J’activais à Alger au sein du fln. Je recrutais les jeunes filles disposées à entrer dans la lutte.
Le siège des sœurs blanches, au-dessus de la fac centrale, était notre port d’attache qui n’éveillait aucun soupçon. C’est là que j’ai rencontré Kebaïli Ouassila et Ourida Meddad. C’étaient des lycéennes. Je les ai fait rentrer au fln. c’est par le biais de Amara que j’ai connu Abane Ramdane. J’activais dans un réseau. Abane et Ben M’hidi avaient voulu donner corps à la Révolution en incitant les étudiants à se présenter aux élections de l’ugema. Ça a été une révolution, un véritable plébiscite. On aurait dit que les Algériens n’attendaient que ça. Le président élu était Benyahia. Zoulikha Bekadour, qui était en propédeutique, a été élue trésorière et moi en qualité de secrétaire générale. C’était une aubaine pour moi, une chance extraordinaire, mais aussi une couverture pour mes activités militantes.

On a organisé des conférences, des débats à la salle des Actes et la Robertsau avec des musiciens, des artistes. On s’est réappropriés la parole. J’envoyais tous les documents aux organisations internationales pour les alerter sur toutes les exactions, toutes les atrocités commises par l’occupant français. A un moment, le vase a débordé, on ne pouvait plus reconnaître la France. On n’allait tout de même pas encadrer des cadavres ! Abane m’avait mise en contact avec Nassima Hablal et Izza, tout en me suggérant d’opter pour la clandestinité afin d’assurer ma sécurité… J’étais hébergée chez une famille française progressiste, les Coudre, dont le mari était surveillant général à l’Ecole normale de Bouzaréah.

En mai 1956, j’ai pris le maquis. A Bordj Menaïel, j’ai rencontré Si Salah Zamoun, ainsi que M’hamed Bouguerra à Palestro, qui voulait que je reste dans la région, mais pour une question d’efficacité je voulais activer ailleurs pour être plus utile. En septembre 1956, après le congrès de la Soummam, j’ai rencontré Si Cherif Mellah à Berrouaghia. Je m’occupais des blessés. Je les soignais. J’étais carrément autonome dans mon infirmerie ambulante. J’ai mis à contribution toutes les relations de mon père pour m’approvisionner en médicaments. Pour soulager les grandes douleurs, le somnifère était toujours sur moi, je peux témoigner qu’il y avait des massacres terribles infligés aux familles hébergeantes.

On m’avait chargée de former des infirmières pour les premiers soins d’urgence du côté des Douayer. Je changeais de prénom à chaque fois, à telle enseigne que l’ennemi a cru à l’existence de plusieurs infirmières. Ça les a complètement déroutés. Comme j’étais recherchée, je me réfugiais chez ma tante à Aïn Boucif. La situation se compliquait. Mon père, Aïssa, a été relevé de ses fonctions et expulsé. comme j’étais activement recherchée, le fln m’a demandé de partir. En 1958, je pars à Lyon puis en Suisse pour joindre la Tunisie où j’étais surveillante dans un lycée, alors que papa enseignait dans un établissement à Djendouba. Je me suis inscrite en droit tout en poursuivant mes études en physique-chimie biologie ».

Secrétaire générale de L’UGEMA

Hafsa active au bureau de l’ugema à Tunis. Invitée en tant que membre observateur au congrès de l’uget à Monastir, l’Ugema s’illustre à travers Hafsa qui réplique sèchement à Bourguiba qui avait répondu méchamment au mémorandum du Dr Lamine Debaghine. Elle poursuivra son combat jusqu’à l’indépendance, et elle ouvrira une pharmacie à Bab El Oued, qu’elle fermera pendant une année, en 1964, pour protester contre les propos irresponsables de Ben Bella qui avait déclaré que « la place n’était plus au stylo mais à la pelle », peu après avoir commis cette autre ineptie appelant le peuple à aller « dégraisser dans les hamams les bourgeois. » Hafsa goûte à une paisible retraite depuis 1989. Parler avec elle du statut de la femme ? Son exaspération n’a rien d’un coup de sang, ses paroles ne sont pas prononcées sous le coup de l’emportement.

Depuis toujours, elle s’échine à lutter contre les inégalités avec un œil critique qui ne plaît pas forcément aux décideurs. Le combat qu’elle a mené est aussi intimement lié à celui de la femme, fait-elle savoir, en continuant à servir, bon an mal an, la cause et se méfiant toujours de l’instrumentalisation politique qu’on en fait. « Vous savez, les balles de l’ennemi n’ont pas choisi les poitrines des hommes et des femmes qui sont morts vaillamment au champ d’honneur. La femme est l’un des piliers de la société. Elle n’est pas égale, mais le complément de l’homme. Actuellement, il y a beaucoup d’entraves pour l’émancipation de la femme. Le code de l’infamie n’est pas juste. Mettez-vous à la place de la femme répudiée après 40 ans de mariage et qui se retrouve à la rue atrocement seule au ban de la société. Il faut que cela change, même si des avancées appréciables ont été faites. En tout cas, j’estime que notre combat n’a pas été un simple coup d’épée dans l’eau. Il n’a pas été vain même si nous constatons des dérives regrettables. »

Parcours : Née en 1933 à Bou Saâda, Hafsa Bisker a bientôt 77 ans, et garde toujours la même verve et la même détermination. A 20 ans, elle s’engage dans la Révolution. Ni son statut d’infériorité par rapport aux hommes ni les rigueurs des maquis ne la découragent. Elle s’acquitte convenablement de ses missions. Intellectuelle, elle a décroché son bac au début des années cinquante, elle mettra son savoir au service des autres, notamment les plus démunis pour lesquels elle s’est battue et continue de se battre. Militante des droits des femmes, elle s’en prend au code de « l’infamie » qui est loin de régler les problèmes auxquels est confrontée la gent féminine. Pour elle, la femme est le complément de l’homme et, pour avancer, une société a besoin de ses deux jambes. Pharmacienne à Bab El Oued, elle a tenu son officine durant de longues années avant de prendre sa retraite en 1989.
Par Hamid Tahri – EL WATAN 11/03/10

Apparemment cet article date de 2000, qui pourrait nous dire si cette GRANDE DAME est toujours en vie ?

Un second éclairage sur la vie de Lalla Fathma N' SOUMER

Fathma n'Soumer, appelée communément lalla Fathma, porte donc le titre honorifique "lalla", réservé aux princesses et aux saintes. Elle est en effet considérée comme une héroïne algérienne car elle s'est toujours insurgée contre la domination, sous toutes ses formes. Elle a voué sa vie entière non seulement à son affranchissement de la tutelle de l'homme, mais encore pour combattre la domination coloniale.

Elle vit le jour à Ouerja en Kabylie, au moment où l'occupation française a commencé en 1830. Son vrai nom est Fathma Sid Ahmed. Elle vécu dans le village de Soumer, d'où son surnom, mais le maréchal Randon la surnommait, lui, "la Jeanne d'Arc du Djurdjura". Capturée en 1857, elle fut emmenée dans le camp de Beni Slimane où elle mourut en 1863, à l'âge de 33 ans.

Une comabattante, mais une femme libre avant tout !

Lalla Fathma a toujours voulu s'affranchir de la tutelle de l'homme et sa nature kabyle, réfractaire à toute domination, l'a conduit à se battre contre l'occupation de l'armée française dans les années 1850. Avant sa capture, Fathma n'Soumer aurait commandé une armée de 45 000 hommes et femmes pour affronter les troupes du Maréchal Randon.

Lors de certaines batailles, elle pouvait affronter plusieurs divisions. Mais au-delà de la guerrière, lalla Fathma s'avère être une femme instruite, passionnée, avec une personnalité peu commune

Une femme instruite, une femme de convictions

Lala Fathma était une femme instruite, puisque dès son enfance, elle étudia le Coran avec son père, Mohamed Sid Ahmed, fondateur d'une école coranique à Soumer. Au milieu du XIXe siècle, les femmes kabyles n'avaient pas accès à l'instruction, ce qui fait de lalla Fathma une privilégiée sur ce point.

Jeune fille décidément insoumise, elle s'opposa courageusement à la décision des hommes de sa famille de la donner en mariage à l'un de ses cousins dans son jeune âge. Cela est extraordinaire dans le contexte social de la Kabylie de l'époque !

Une femme peu commune !
Son refus lui valu la réputation de "femme peu commune". Un surnom qui semblerait anodin ou flatteur de nos jours, mais qui pour l'époque était plutôt une critique : "C'était un titre difficile à assumer, indique M. Bitam (1), dans la société kabyle du XIXe siècle".

Fathma N'Soumer était en effet considérée par les villageois comme une marginale, voire une folle. Lalla Fathma consentit à se marier plus tard, mais uniquement, selon M. Bitam, dans le but de faire taire les mauvaises langues qui disaient qu'elle refusait de se marier parce qu'elle n'était plus vierge ! Sa seule arme de résistance sera de se refuser à son mari en préservant sa virginité. Elle vivra avec Yahia n'Ait Ikhoulaf quelques mois, avant de déserter le foyer conjugal ; sa belle-famille excédée par la résistance et l'excentricité de cette forte tête la ramèna chez ses parents.
Fathma de Werja devient lala Fathma n'Soumer

Quelques jours après, elle rejoint son frère marabout au village Soumer. Celui-ci, qui était un "cheikh", accepta la compagnie de sa soeur, laquelle s'appliqua à perfectionner ses talents de prédiction. Si les habitants du village se méfiaient de lalla Fathma à son arrivée, ils s'habituèrent à ses "excentricités", lui vouant même un certain respect. Ils appréciaient son intelligence et ses talents, en ce qui concerne les prédictions et la résolution des litiges.

Mais un jour de l'année 1852, elle convoqua les villageois pour leur annoncer l'approche imminente de l'ennemi. Elle leur dit : "Chaque nuit, je vois des hordes farouches qui viennent nous exterminer et nous asservir. Nous devons nous préparer à la guerre !". Prenant ses révélations très au sérieux, des émissaires parcourent alors toute la Kabylie pour mobiliser les hommes contre l'envahisseur qui s'annonce.

Lorsque "Boubeghla", de son vrai nom Mohamed El-Amdjed Ibn Abdelmalek, arrive de l'ouest de l'Algérie à Illiten en 1848 pour se consacrer à la lutte contre l'occupation des troupes françaises, il s'approche de la famille d'Ait Ahmed, très puissante à l'époque, pour former un front de lutte à partir de la Kabylie. C'est ainsi que l'ancien compagnon de l'Emir Abdelkader dans la guerre contre l'occupation, a eu le béguin pour la Jeanne d'arc du Djurdjura et... cela fut réciproque.

Ourida Meddad

Ourida Meddad, défenestrée par les paras tortionnaires à l’école SARROUY le jeudi 29 août 1957 à vingt trois heures , à l’âge de seize (16) ans, fille unique d’une famille dont le père est originaire de Tigounatine, commune d’Akerrou, daïra d’Azeffoun, dans la willaya de Tizi ouzou.

La nuit du jeudi 29 août 1957.
La jeune fille de 16 ans, militante de l'indépendance nationale, agent de liaison d'un important responsable de la Zone autonome d'Alger, arrêtée quelques jours auparavant, vient d'entrer pour la énième fois dans la salle de tortures où officient les lieutenants Schmitt, chef de la compagnie d'appui, et Fleutiot, son arrestation est due à la dénonciation d'un "bleu de chauffe", (un rallié).
Il est environ 23 heures, c'est la quatrième séance de tortures qu'elle subit depuis le début de la matinée. Gégène, baignoire, insultes, fatiguée, éreintée essorée, Ourida Meddad, résiste.
A chaque fois, elle leur fait croire qu’elle a cédée, ses tortionnaires jubilent croyant atteindre leur but, en vérité, Ourida cherche des moments de répit.
Elle fait mine d'accepter de les conduire au refuge du responsable politique de la Zone autonome d’Alger, une fois sur les lieux, les parachutistes du 3e régiment de parachutistes coloniaux se rendent compte que Ourida, leur victime, se moque d'eux.
Fleutiot la précède de quelques pas et lance à l'adresse de Schmitt: "L'oiseau s'est envolé". Schmitt est excédé, touché dans sa vanité, il ordonne une nouvelle séance de tortures, Ourida hurle, crie, crie, hurle, puis c'est le silence.
Schmitt fixe Fleutiot qui fixe un autre, un deuxième, puis un troisième parachutiste, un militant lui aussi assiste à la scène, des murmures, des chuchotements, puis l'un des parachutistes quitte la salle en criant « elle s'est défenestrée, elle s'est jetée par la fenêtre ».
Il est précisé par plusieurs témoins qu'une fois tombée dans la cour, Ourida Meddad n'est pas décédée sur le coup, on entendait ses gémissements, hurlements de douleurs jusqu'à son agonie au crépuscule.
Ourida portait en elle, sur son visage, sur son cou, sur son ventre, sur ses jambes les stigmates des tortures ordonnées par Schmitt et exécutées par Fleutiot et autres.
Ses apparentés qui l'attendaient à sa dernière demeure (la dépouille a été transférée sous bonne escorte directement de la morgue vers le cimetière d'El Kettar) ont bien constaté les hématomes, les traces de brûlures à la gégène sur différentes parties de son corps...

Temoignage de Lyès Hani présent ce jour là :

Dans la salle des supplices, Lyès Hani croise un jour une jeune fille qu’il connaît depuis qu’elle est enfant. Elle s’appelle Ourida Meddad. Elle a 19 ans. «Je sortais de la salle de tortures. Elle y entrait. On l’avait mise nue. On a commencé à la passer à la gégène devant moi. Le lieutenant Schmitt était là. Ensuite, on m’a fait sortir.» Lyès est enfermé avec d’autres détenus dans une salle de classe du rez-de-chaussée quand le corps d’Ourida Meddad vient se fracasser, un jour d’août, dans la cour de l’école. L’adolescente s’est-elle suicidée ou l’a-t-on jetée par la fenêtre? Il l’ignore. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’elle était dans la salle de torture, au premier étage, avant de chuter. «J’ai entendu l’un des tortionnaires descendre l’escalier à toute vitesse en criant: "La salope, elle s’est défenestrée!" J’ai retenu ce mot parce que c’était la première fois que je l’entendais. […]»

A Bientôt



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Re: DJAMILA BOUHIRED/HASSIBA BEN BOUALI... (à lire)

Message par Invité le Mar 28 Mai - 18:23

Merci madame pour ces deux portraits des deux de nos illustres martyres :
Hassiba Ben Bouali et Djamila Bouhired....

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